La pratique de la Cène. 1 Co 11.1-17
Ce passage est vous le savez communément utilisé pour la conduite de la Sainte Cène. Mais remis dans son contexte il s’agit en fait d’une sévère remontée de bretelles de Paul envers la communauté corinthienne. Dans l’extrait il est question de directives, de divisions, de jugement, de condamnations, d’examen, de corrections, de maladies et de mort.
Quel est le problème ?
A l’époque le « repas du Seigneur » était pris lors d’une réunion d’Église, au milieu d’un vrai repas fraternel. Paul apprend que ces repas n’avaient rien de fraternel puisque v.21 chacun s’empresse de manger ses propres provisions, et l’on voit des gens manquer de nourriture pendant que d’autres s’enivrent. Vraisemblablement les plus riches d’entre eux mangeaient sans se soucier des plus pauvres
Les discordes en question dépassent l’état de simples querelles, il s’agit apparemment de véritables divisions sociales. Et ces divisions étant mises à jour, de façon visible (« clairement » v. 19) lors des repas il s’ensuit, selon Paul que des jugements divins peuvent avoir lieu à la suite de la cène. La cène devient alors en elle-même une pierre d’achoppement pour certains.
Pourtant, ce que Paul leur reproche est en même temps nécessaire car cela permet de discerner les vrais croyants des faux.
Sans doute faut-il qu’il y ait chez vous des divisions, pour que les chrétiens qui ont fait leurs preuves soient clairement reconnus au milieu de vous ! (V.19)
Paul dit que le mal est au milieu de nous et que les divisions sont « un mal nécessaire ». Par ces révélations, Dieu passe au crible son peuple et met à jour les véritables intentions, le cœur de chacun. Attention, Paul ne dit pas que ces divisions sont bonnes en elle-même mais que Dieu les utilise pour effectuer son jugement sur cette terre.
v.32 Mais les jugements du Seigneur ont pour but de nous corriger afin que nous ne soyons pas condamnés avec le reste du monde.
Mieux vaut être corrigés sur terre que dans les cieux, comme le seront les non-croyants. L’épreuve, la correction que nous subissons peut être utilisée par Dieu pour ouvrir nos yeux sur un comportement malsain.
Paul avertit donc les chrétiens de Corinthe que des loups sont peut être parmi eux et que leur mauvais comportement sera rendu évident lorsque le jugement tombera sur eux, par la maladie ou même la mort. Paul avertira de même Timothée (2 Tim 3.9) « que la folie de ceux qui s’opposent à la vérité éclatera aux yeux de tous ». Je fais une digression : Paul énonce ici clairement qu’une maladie peut être la conséquence d’un péché. Gardons-nous d’en faire une vérité absolue ou de systématiser la chose mais c’est un sujet de réflexion. …
Une fois posés les enjeux, passons à la pratique :
On pourrait parler d’un auto examen préalable à toute communion.
On distingue trois étapes nécessaires :
- Prendre le repas du Seigneur signifie que nous sommes en communion avec Dieu et avec nos frères et sœurs. Par ce geste visible je témoigne que je suis croyant. Si donc je ne suis pas converti comment puis-je prendre part à un repas sans me comporter de manière hypocrite ?
- Ensuite le croyant doit se demander s’il ne vit pas dans la désobéissance vis a vis de Dieu, s’il ne cache pas un péché volontaire (1 Jn 1.10).
La Bible ne condamne pas celui qui commet un péché et s’en repent (1 Jn 2.1) mais celui qui pratique consciemment le péché, celui qui désobéit de façon flagrante aux commandements (1 Jn 2.4) et se croit à l’abri, en toute impunité (= absence de sanction).
Quelles formes prend le jugement? Il y a une graduation : Cela peut aller de l’avertissement sans frais jusqu’à à la condamnation (éternelle ?) Celui qui mange et boit sans discerner ce qu’est le corps se condamne lui-même en mangeant et en buvant ainsi, v.29
Dieu sanctionne par des épreuves ceux qui mangent et boivent sans discerner/reconnaître le corps (v.29). Cela mérite une explication. De quel corps s’agit-il ? du corps de Christ ? ou du corps qu’est l’Église ?
Je pense qu’il s’agit des deux.
- Du corps du Christ car il ne s’agit pas d’un repas comme un autre mais DU repas au cours duquel on proclame la mort et la résurrection du Christ. Manger et boire sans reconnaître/discerner revient à ne pas reconnaître la divinité de Christ.
- Du corps qu’est l’Église. En communiant ensemble à la table du Christ les croyants proclament qu’ils sont devenus un seul corps. Comme le dira Paul au chap. 12 nous sommes tous membres les uns des autres et unis par le Christ. En prenant la communion sans discerner le corps de l’Église, c'est-à-dire en prenant la Cène tout en étant en discorde avec son frère ou sa sœur ou en méprisant les plus faibles ou les plus petits, alors nous appelons un jugement sur nous-même.
3. Il s’agit de la troisième phase de notre auto évaluation : Si la communion est inexistante ou rompue, soit avec Dieu soit avec les autres membres du corps et si nous en sommes conscients alors nous ne devons pas participer au repas du Seigneur. Car cela revient à dire avec notre bouche quelque chose que nous ne croyons pas dans notre cœur. Cela revient à mentir à Dieu, à soi-même et aux autres puisqu’on le fait de façon visible. Une autre façon de le dire est que l’on pèche contre l’Église.
Cela appelle plusieurs remarques qui me serviront de conclusion.
a) Il s’agit d’un auto examen et pas de discipline ecclésiale. Ce qu’on appelle l’ex-communion ou excommunication qui signifie « priver quelqu'un de la Cène » est autre chose.
b) Le cas des corinthiens était flagrant : il s’agissait du mépris de certains envers les pauvres. Paul parle de péchés qui se voient v.21 et qui lui sont rapportés v.18. Cette violation du commandement d’amour est l’occasion pour lui d’apporter un enseignement, afin que les corinthiens corrigent leur trajectoire. C’est un avertissement, pas une sanction.
c) Jusqu’où va notre propre discernement ? autrement dit, à partir de quand le croyant décide-t-il de se priver de la Cène ? A chacun d’en être juge, inspiré par l’Esprit Saint. Le mieux est de lui demander. MAIS, précision importante, si vous êtes brouillés avec quelqu’un et que vous décidez de ne pas prendre la cène tant que la brouille existe, vous faites pire. Car au lieu de résoudre le problème en cherchant la réconciliation vous le contournez. Or Jésus nous demande de nous réconcilier promptement (Mt 5.25). Ne pas prendre la Cène est parfois nécessaire mais cela doit rester temporaire.
Amen


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